Conte sur l’éternité

 

Une histoire qu’on me rapporte, celle d’un monastère, au moyen-âge, où un novice vient d’arriver, appelons-le Bertrand. Dans la répartition des tâches manuelles, le prieur lui confie la charge de récupérer du bois à feu dans la forêt voisine. De beau matin, il franchit donc la porte du monastère en saluant de sa main le portier, puis il s’enfonce dans la forêt jusqu’à une clairière accueillante jonchée de bois mort. Bertrand rassemble le bois en fagot, le relie avec une corde, et s’apprête à le charger sur son dos lorsque son attention est attirée par le chant d’un oiseau. Il ne le voit pas, mais son chant se répand sous la cime des arbres. Celui-ci multiplie les trilles, varie les rythmes… L’intensité de son chant est si harmonieuse et surprenante que Bertrand l’écoute, et en perd la notion du temps.
D’ailleurs, combien de temps est-il resté là à écouter ce chant ? il n’en n’a pas la moindre idée. Qu’est-ce qui l’a décidé à revenir au monastère, nul ne le sait. Mais lorsque de retour au monastère il en sonne la cloche, le portier lui demande ce qu’il veut. Bertrand explique qu’il est novice au monastère. Le portier lui rétorque qu’il est portier depuis 40 ans et qu’il ne connaît pas de Bertrand. Les autres frères accourus, le prieur lui-même, ne reconnaissent pas de Bertrand. Celui-ci se défend comme il peut. Il faut que le bibliothécaire consulte les registres pour retrouver la trace de Bertrand, parti quatre siècles plus tôt chercher du bois dans la forêt voisine… et qui n’est jamais revenu.
Ce conte nous dit peut-être quelque chose de ce qu’on appelle l’éternité. Ce temps de Dieu, qui n’est pas affaire de quantité mais de qualité, plénitude sans début ni fin, absolu de sa présence bienfaisante. Que pouvons-nous en dire, sinon « à ta droite, Seigneur, éternité de délices ! » (Ps 15)
P. Antoine Renoult

Updated: 24 novembre 2018 — 15 h 18 min

1 Comment

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  1. Mon Père,

    ce conte m’évoque surtout l’oeuvre du malin toujours renouvelée, toujours plus tentatrice, jamais à court d’idées pour nous tenir à l’écart du Salut.

    Fort heureusement, le frère Portier est plein de miséricorde…

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